Interview : Benoît Piernot, de la danse au yoga, n’y a t-il qu’un pas ?

Apprivoiser son corps, sa souplesse, ses mouvements, sa force… Le yoga et la danse semblent avoir autant de points communs que de divergences. À la fois complémentaires et contradictoires, similaires et différentes, ces deux disciplines sont parfois l’évolution l’une de l’autre et nombreuses sont les personnes qui pratiquent les deux.

Benoît Piernot, ancien danseur professionnel reconverti en professeur de yoga, répond à nos questions sur son parcours et sur le lien entre les deux disciplines.

 
 

Comment as-tu commencé ta carrière de danseur ? 

Je suis Français et j’ai déménagé aux États-Unis quand j’avais 4 ans. Ma mère m’a toujours dit que j’avais la vocation d’être danseur, donc elle m’a tout de suite inscrit à l’école de danse de San Francisco. J’ai commencé quand j’avais 5-6 ans et j’ai poursuivi mes études de danse. C’est en troisième ou quatrième année que j’ai commencé à me blesser, notamment aux genoux et à la hanche. C’est très intense.

 

C’est là que tu as commencé le yoga ? 

Oui. En étant à San Francisco, il y avait toute l’effervescence autour du yoga. Dans la rue, tout le monde était en legging avec son tapis de yoga. Des amis de l’Opéra m’ont proposé de tester. Je ne m’attendais à rien, je ne savais pas du tout ce que ça allait être. Je terminais mes études et j’allais commencer dans un ballet. J’avais un mois de pause et il y avait un pass illimité pendant un mois, ça tombait bien ! Je suis tombé sur un cours de bikram (dans une salle chauffée à 42-43 degrés).  J’ai tout de suite adoré et je me suis lancé le défi de faire un cours par jour. J’ai découvert une nouvelle conscience du corps, plus saine que dans le ballet. J’ai commencé à le ressentir autrement, à ressentir les énergies. Malheureusement, comme la salle est chauffée, on sent moins les étirements et je me suis blessé.

 

Mais, ce n’est pas la fin de ta pratique de yoga, ni de la danse d’ailleurs ? 

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Non, mais ça m’a mené à d’autres formes de yoga, notamment l’Iyengar, qui m’a vraiment aidé. Cette pratique aide à restructurer le corps, à retrouver un alignement sain et à rééquilibrer la force avec la souplesse. Si on est très laxe, ça va remuscler et si c’est l’inverse, ça va aider à assouplir. Moi, ça m’a vraiment guéri. Je pratiquais régulièrement (1 ou 2 fois par semaine), mais pas de manière intense car j’avais ma carrière de danseur en parallèle.

 

Justement, où en étais-tu à ce moment-là ?

J’avais travaillé dans plusieurs compagnies aux États-Unis, à San Francisco, à Los Angeles et dans le Colorado. C’est là que j’ai rencontré deux femmes incroyables qui travaillaient ensemble. L’une d’elles faisait du Qi Gong. La première fois qu’elle m’a massé, j’ai ressenti mon corps comme je ne l’avais jamais ressenti. J’ai pris des cours avec elle plusieurs fois par semaine et ça m’a ouvert la porte d’une pratique plus spirituelle. À partir de ce moment, j’ai toujours gardé une pratique de « médecine alternative ». Puis, je suis parti en Suisse dans la compagnie de Bejart.

 

C’est là que tu as changé de voie ? 

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Oui, j’ai eu l’impression de manquer de liberté. Beaucoup de choses se sont passées en même temps d’un point de vue professionnel et personnel. J’avais 25 ans. Je me suis blessé et j’ai eu envie de faire autre chose. J’avais rencontré une prof de yoga aux États-Unis et elle venait donner une formation à Paris. J’ai saisi l’opportunité et je suis allé la suivre. 

Un peu comme avec la danse classique quand j’étais petit, j’ai eu un déclic et je me suis rendu compte que le yoga était ma voie. Et même plus que ça, que c’était le fait d’enseigner et de transmettre qui était ma vraie vocation.

 

Tu as commencé à enseigner directement après ?

Oui. Et le reste s’est fait progressivement. J’ai déménagé à Paris l’année suivante. Je suis arrivé au bon moment, il y a 7-8 ans. J’étais californien et danseur classique, donc ça a marché tout de suite. J’ai été pris dans des gros studios. Et aujourd’hui « no regrets », ça se passe hyper bien.

 

Comment le yoga et la danse sont-ils liés ? 

Ils se nourrissent, ils s’entraident presque. Le yoga, c’est vraiment une danse. Et plus particulièrement dans la manière dont moi je l’enseigne : entre la création de mon cours, la playlist, la séquence, le flow, le rythme que je vais y mettre, les mots que je vais essayer d’utiliser, l’expérience que j’essaie de donner… C’est très artistique et très dansant. 

Certes, ce n’est pas la même science ni les mêmes pas, mais ça reste une technique du corps dansante. Sauf que là, au lieu de danser avec une musique, on danse avec son énergie et son souffle. C’est drôle, parce que finalement ce qui m’a manqué dans la danse, c’est peut-être ça, - ou peut-être que je ne l’avais pas compris à un jeune âge.

 
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C’est-à-dire ? 

Finalement, la danse se fait aussi d’un point de vue énergétique et avec le souffle. En danse classique, on est très coincé. On ne fait pas de yoga quand on est jeune et il faudrait ! On ne nous apprend pas qu’il faut bien respirer et être conscient de son corps énergétique, alors que dans le yoga, on nous apprend à être présent. Ça ouvre plein de portes, on se sent libre. Quand j’enseigne, c’est beaucoup sur la liberté et l’extension. Je parle toujours de « feel as you are limitless or boundless »*. C’est ça qui est beau avec la danse, quand on les voit sur scène ou quand on danse soi-même, on se sent libre et étiré au maximum. On retrouve ça dans le yoga, s’étirer, se sentir expressif et expansif.

 

Tu as beaucoup pratiqué le Iyengar, est-ce que c’est la discipline la plus proche de la danse ? 

Le Iyengar, c’est un peu la danse classique du yoga. C’est très précis, notamment dans l’alignement, très systématique. J’adore cette rigueur, cette précision. Et même si j’enseigne aujourd’hui d’autres styles, comme le vinyasa, - qui est plus en mouvement, dansé-, j’oriente toujours mes cours sur l’anatomie, le placement.

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Justement quel type de yoga enseignes-tu ?

Le yoga me permet de partager toutes mes connaissances du corps, liées à la danse classique et à mon parcours. Je ne suis pas un puriste dans mon enseignement, comme peuvent l’être certains. Pour moi, il n’y a pas qu’une école, donc je vais piocher dans plusieurs, je me sers de tout. C’est bien d’avoir une pratique variée et de ne pas toujours faire la même chose ou la même séquence. Ça dépend de mon humeur. Parfois, ça va être plus lent et profond. Je me dirige de plus en plus vers ça d’ailleurs, alors qu’en tant que jeune prof, j’étais plus dynamique.

 

Comment vois-tu le yoga ?

Le yoga m’a permis de soigner plein de choses qui avaient besoin d’être soignées, et surtout c’est grâce à l’enseignement de yoga que j’ai compris que c’était ma vocation d’être enseignant. Je pense que, quelle que soit notre vocation, le yoga nous amène à nous recentrer et à explorer des choses que l’on ne connaissait pas de soi-même.

 

Quel genre de professeur es-tu ?

Mon but est de créer un espace pour que les gens puissent trouver leur âme, ce qu’ils ont envie de faire ou de ne pas faire, comprendre comment ils se sentent. J’adore mon métier et tous les jours, j’ai l’impression d’aider les gens. Parfois, c’est simplement leur apprendre comment respirer, et c’est déjà énorme. C’est quelque chose que l’on fait tous les jours, mais on ne se rend pas forcément compte que l’on respire mal ou pas suffisamment profondément. J’aime apprendre ou donner des petites clés aux élèves, sur comment se recentrer, surtout dans une vie parisienne où ça circule de droite à gauche. C’est essentiel d’avoir une pratique de bien-être et notamment de yoga pour faire le vide. 

 
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* « Ressens comme si tu n’avais pas de limites ou de barrières »


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